**Ouest-France :
**
Des groupes fascistes à la soirée punk ?
Concert à guichets fermés, ce samedi soir, à la salle des fêtes de Boquého. Deux des groupes invités sèment la confusion.
L’association locale Boska-Bootsboy, qui co-organise la soirée Streetpunk party avec l’association rennaise Breizhwankers, assure de sa bonne foi : « Il n’y a pas de groupe Rac (Rock against communism, genre musical néonazi) à notre soirée. Et il est bien signalé sur le fly que l’entrée sera refusée à toute personne qui affiche quelque signe politique que ce soit. »
Pourtant, sur l’affiche qui annonce cinq groupes, deux figurent sur la liste Rac dressée par l’encyclopédie Wikipédia : Condemned 84 et Baker’s dozen. L’association de Boquého avoue ne pas comprendre leur présence sur cette liste, ni celle du groupe Baker’s dozen sur un site néonazi américain de vente de disques. « Il faudra qu’on éclaircisse tout ça, mais là, la machine est lancée. A moins de 48 heures du concert, on ne peut pas annuler. 560 personnes sont attendues. »
Le milieu skinhead est souvent assimilé à l’extrême droite par le grand public. Pas si simple : à côté des néonazis, on trouve des apolitiques et des extrémistes de gauche. Ils arborent les mêmes codes vestimentaires, crâne rasé, chaussures Doc Marteen’s, et peuvent se retrouver autour de la musique dans des concerts. Ce qui expliquerait la présence de groupes sur des sites de ventes de disques néonazis par exemple. « Les groupes ne sont pas responsables de tous les réseaux de distribution, se défend l’association Breizhwankers. C’est vrai que les paroles sont violentes mais elles ne sont pas néonazies. »
C’est toute cette ambiguïté autour de ce mouvement à la marge qui jette la confusion sur le concert de ce soir. Le maire de Boquého, Roland Briand, « ne sait plus qui croire ». Alerté par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) de la possible présence de groupes fascistes à ce concert, il a averti la préfecture. Mais estime se trouver « complètement coincé. Je ne peux pas prendre d’arrêté d’interdiction, car plusieurs soirées ont déjà été organisées par la même association et il n’y a pas eu de trouble à l’ordre public ».
Le Télégramme (01/12/2007 Rubrique: Côtes-d’Armor) :
Boquého. La rumeur néonazie se dégonfle
Plus de 500 amateurs de musique oï (une variante du punk rock) sont attendus ce soir à Boquého pour une série de concerts. Mais, hier, durant quelques heures, la manifestation a été remise en question, la municipalité redoutant d’accueillir des groupes néonazis. Une crainte a priori écartée.
« Ils ont des looks impressionnants. Mais chez nous, le délit de “sale gueule” n’existe pas. Ce n’est pas parce que l’on a le crâne rasé que l’on est un voyou ». Hier soir, Roland Briand, le maire de Boquého (1.060 habitants), soufflait quelque peu en réaffirmant les valeurs de « tolérance » qui sont les siennes. La veille au soir, il avait reçu en mairie un fax du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). Objectif du courrier : l’informer qu’un concert de Rac (rock against communism) - musique jouée par des groupes skinheads néonazis - allait se dérouler, ce samedi, dans la salle des fêtes de sa commune. Pointée du doigt par le courrier : la soirée de musique oï (*) « Street- punk christmas party », organisée pour la septième année consécutive par l’association locale Boska boot boys. « Le maire nous a convoqués ce matin (hier, NDLR) pour nous demander des explications », relate Jean-Jacques Daniel, le secrétaire de l’association, lui aussi tombé des nues en prenant connaissance du contenu du fax. Selon l’organisateur, il semblerait que le quiproquo soit né des accointances supposées avec l’extrême droite de l’un des cinq groupes programmés : Baker’s Dozen. « Visiblement, on peut acheter leurs disques sur un site internet ouvertement facho. Mais, nous avons analysé les paroles de leurs textes : même si elles sont violentes, il n’y a pas d’ambiguïté ».L’annulation envisagée
Reste que le courrier du Mrap a failli faire annuler la soirée. « Je l’ai envisagé », reconnaît Roland Briand, qui a non seulement rencontré les membres de Boska boot boys, mais également pris des renseignements auprès des forces de police et de la préfecture des Côtes-d’Armor. « C’est vrai que nous avons un public de gars pas faciles. C’est vrai aussi que le concert est annoncé sur des sites fachos. Mais nous ne l’avons pas choisi », déplore Jean-Jacques Daniel. « Depuis le début, nous avons toujours souhaité que la manifestation soit totalement apolitique. Et, jusqu’ici, tout s’est toujours très bien passé. En plus, je suis plutôt connu pour avoir des convictions très éloignées de celles-ci : chez moi, il y a plus d’étiquettes du Scalp (Section carrément anti-Le Pen) qu’autre chose ». * Née dans les années 1970, la musique oï tend à mettre en valeur la classe ouvrière. Elle est jouée par des groupes punks.